25 novembre 2007
Procès de 3 chrétiens assassinés en Turquie
Au mur sont accrochés les Dix Commandements. D’une petite cage délicatement emmaillotée dans des broderies, les pépiements d’une perruche s’éparpillent dans le salon de Mustafa et Alp, aussi dépouillé qu’une cellule monacale. Protestants évangéliques, ils se sont installés à Malatya cet été, afin «d’accomplir leur mission pour le Christ, malgré la peur». La foi du converti chevillée au corps, ces deux «frères» en religion expliquent être venus dans cette ville de l’est de la Turquie, où il est «difficile d’être un chrétien», pour reprendre le «travail» de leurs prédécesseurs.
Formule pudique s’il en est : le 18 avril, trois missionnaires ont été assassinés dans le local de la maison d’édition Zirve, spécialisée dans la publication de bibles. Avant d’être égorgées, les victimes, deux Turcs et un Allemand, ont été longuement torturées. Ugur Yüksel, transporté agonisant à l’hôpital, avait les cuisses, les testicules, l’anus et le dos «tailladés de dizaines de coups de couteaux, ses doigts avaient été coupés jusqu’à l’os», selon le compte rendu macabre du chirurgien qui tenta de le sauver.
Accusés d’avoir créé une «organisation terroriste armée», les cinq meurtriers et sept complices présumés comparaissent depuis hier devant une cour pénale de Malatya. La prison à vie a été requise pour les apprentis tortionnaires lors de réquisitions préliminaires. Avec ce procès, c’est une nouvelle fois le nationalisme qui se retrouve sur le banc des accusés. Mais les parties civiles dénoncent une instruction lacunaire. L’assassinat de Tilmann Geske, Necati Aydin et Ugur Yüksel porte une signature similaire à ceux du prêtre italien Andrea Santoro en 2005 et du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink en janvier. Cette fois-ci encore, les exécutants sont jeunes, âgés de 19 à 20 ans, désœuvrés et proches des milieux ultranationalistes.
Mais l’enquête n’a pas exploré les possibles connexions politiques, selon les défenseurs des parties civiles. «Pourtant, Emre Günaydin, le leader, a déclaré avoir été membre des Foyers idéalistes (mouvement d’extrême droite des Loups gris, NDLR)», pointe l’avocat Orhan Kemal Cengiz. Ce spécialiste des droits de l’homme accuse le procureur d’avoir mené une enquête à charge contre les victimes : « Sur 31 dossiers, 16 concernent les activités missionnaires. Les noms, les adresses et les numéros de téléphone des personnes contactées par les trois protestants sont répertoriés, ce qui les met en danger.» Le Figaro
20:44 Publié dans politique ; internationale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : turquie, chrétien, procès




